Les nouveaux gourous de la santé inquiètent

de | 14 octobre 2015

Kinésiologie, biologie totale,… les nouveaux gourous de la santé inquiètent, ces pratiques peuvent mener à des abus des thérapeutes.

Les nouveaux gourous de la sante inquietent

Le Centre d’information sur les organisations sectaires nuisibles traite de plus en plus de dossiers.

Atteinte d’un cancer du sein, la patiente devait subir au plus vite une mastectomie.

Une opération que lui déconseillait vivement son thérapeute en biologie totale. Son oncologue, lui, avait été clair : sans cette opération, il lui restait un an à vivre, tout au plus. Tiraillée entre l’avis de son médecin et celui de son gourou, la patiente s’est adressée au Centre d’information et d’avis sur les organisations sectaires nuisibles (Ciaosn). Elle a finalement opté pour la mastectomie.

Des questions du même type, ou des plaintes, adressées au Centre sont en nette augmentation ces deux dernières années, comme on peut le lire dans le nouveau rapport bisannuel qu’il vient de publier. Ces dossiers représentent 21,7 % des demandes traitées par le Ciaosn en 2013 et 2014 (contre 15,62 % en 2011-2012, 17,53 % en 2009 et 2010).

Ces derniers temps, on a vu émerger une série d’alternatives à la médecine traditionnelle, axées sur le bien-être physique et mental. Dans certains cas, des praticiens exercent une emprise sur leurs « disciples-patients ».

Cela peut concerner l’acupuncture, la méditation, la kinésiologie, la braingym (mouvements du corps permettant de doper les capacités intellectuelles, NDLR) ou même le tai-chi et la fish pédicure. Des pratiques pour lesquelles notre rôle est plutôt d’informer, illustre Sandrine Mathen, psychologue au Ciaosn.

Mais il peut aussi arriver qu’une personne, manipulée par son thérapeute, en vienne à se détourner de la médecine classique et que ce choix soit préjudiciable pour sa santé. Ça peut aller jusqu’à la mort. Dans le collimateur de l’organisme de lutte contre les sectes mais aussi de la justice (lire ci-dessous) : la biologie totale. Pratique selon laquelle la plupart des maladies résultent d’un stress ou de conflits psychologiques. Ce n’est donc, estiment les thérapeutes qui la pratiquent, qu’en soignant les causes que l’on peut soigner le mal.

Ils ne recherchent pas tous le pouvoir ou le gain

Problème : comment prouver que le thérapeute abuse de sa position, joue de son influence ? On ne peut parler d’abus de faiblesse que s’il est prouvé que le thérapeute avait connaissance de la vulnérabilité de la personne, de sa fragilité physique ou psychologique. Et que cette faiblesse a été utilisée soit pour s’approprier ses biens ou son argent, soit pour exercer un pouvoir sur elle. Comme c’était sans doute le cas pour cette patiente atteinte d’un cancer du sein et qui hésitait à se faire soigner. « Attention », tempère la psychologue, certains de ces thérapeutes qui représentent un danger pour leurs patients sont intimement convaincus d’avoir raison, que leur méthode marche. Tous ne recherchent pas le pouvoir ou le gain. Il n’y a pas de profil type.

Il n’y a pas que les médecines alternatives qui posent question. La pratique religieuse peut, elle aussi, entrer en conflit avec la médecine générale. « On a par exemple eu le cas d’un pasteur protestant qui s’immisçait dans le traitement d’un patient atteint du sida. Qui voulait le détourner de la trithérapie », relate Sandrine Mathen. « Le problème est le même avec les témoins de Jéhovah et la transfusion sanguine. La justice a réglé le problème des enfants en donnant la possibilité de prononcer une déchéance parentale temporaire, le temps que la transfusion soit accomplie. Mais en ce qui concerne les adultes, on se heurte à nouveau au droit du patient.

Nouvelle législation, une loi pour encadrer la pratique

C’est le 1 er septembre 2016 qu’entrera en vigueur la nouvelle loi destinée à encadrer l’usage du titre de psychothérapeute ainsi que l’exercice de la pratique de la psychothérapie.

La Belgique est en effet l’un des seuls pays européens qui n’exige pas de ses thérapeutes une formation particulière. Un amateurisme qui prendra donc bientôt fin puisque les thérapeutes devront impérativement être détenteurs d’un Bac +3 dans le domaine des professions de santé, de psychologie, des sciences de l’éducation ou des sciences sociales. Une formation complémentaire, si nécessaire aux notions de base de la psychologie (psychopathologie, psychiatrie,…) et une formation spécifique à la psychothérapie, seront également requises.
La loi reconnaît en outre quatre cadres de référence : la psychothérapie à orientation psychanalytique et psychodynamique, la psychothérapie à orientation comportementale et cognitive, la psychothérapie à orientation systémique et familiale et la psychothérapie d’orientation humaniste centrée sur la personne et expérientielle . Il est également prévu qu’un Conseil fédéral de la psychothérapie soit mis en place.

Justice, un procès emblématique en 2011

En septembre 2011, un praticien de la biologie totale a été condamné en justice pour pratique illégale de la médecine, coups et blessures involontaires, et escroquerie.
Louis Vliegen avait promis à Maria Schommers, atteinte d’un cancer de l’estomac, qu’il viendrait à bout de sa maladie. Il lui avait prescrit un suivi psychologique et de la poudre de zinc. Après sa première visite chez le psychothérapeute, Maria avait abandonné son traitement médical.

Quelques semaines plus tard, elle succombait à la maladie.

Au procès, l’époux de Maria avait expliqué comment le praticien s’y était pris pour détourner la patiente du corps médical : La première fois que nous sommes allés chez lui, c’était pour guérir le cancer. Au bout d’une heure de discussion, nous étions convaincus qu’elle allait guérir.

Avant de se rendre chez Louis Vliegen, qui leur avait été recommandé par leur fils qui avait vaincu le cancer quelques années plus tôt bien qu’il ait arrêté sa chimio, les Schommers avaient pris un rendez-vous à l’hôpital. Mais ils ne se sont jamais présentés à la consultation.
Il nous a dit que selon lui, ce n’était pas nécessaire. Il nous a garanti 80 % de chances de guérison. Il nous disait que le cancer c’était quelque chose qu’on a dans la tête , avait ajouté l’époux.

Louis Vliegen a écopé de six mois de prison avec sursis et d’une amende de 5.500 euros.

Ce signal que la justice a adressé à ceux qui s’improvisent guérisseurs a-t-il été bien reçu ? Sandrine Mathen n’en est pas convaincue. Disons que depuis le procès, certains sont passés dans la clandestinité. On voit bien que le ménage a été fait sur les sites internet pour gommer les références à la biologie totale.

Plus récemment, un nouveau courant aurait causé la mort de plusieurs personnes en Australie, en Grande-Bretagne, au Canada, en Allemagne et en Autriche. Le respirianisme, qui propose tout bonnement de se passer de nourriture solide. Un jeûne de 40 à 60 jours durant lequel l’adepte puise son énergie dans l’air et la lumière. Un peu maigre.

source : Ludivine Ponciau

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